Pistes pour parents préoccupés par leur ado-athlète

Un article Radio-Canada. Cette pandémie touche l’ensemble de nos adolescents dans la pratique des sports de compétition. Pour maintenir la motivation vers des objectifs flous pour nos jeunes, il faut une stratégie de l’écoute entre l’adolescent, les parents et les éducateurs sportifs. Mais un questionnement doit se faire dans les associations pour le maintient et l’adaptation du rôle de l’éducateur sportif durant cette pandémie.

Un adolescent dans les rues de Montréal

L’adolescent-athlète perd sa motivation en confinement.

Plusieurs parents se font du souci pour leur adolescent sportif dont la motivation est à plat. Voici quelques pistes de solution.

Marek a 14 ans et est un vrai maniaque de sports. Il pratiquait le hockey dans un programme sport-études à raison de 15 à 20 heures par semaine. Depuis le 13 mars, il n’y a plus de sport, plus rien, comme pour bien d’autres adolescents.

Ce qui est difficile présentement pour les ados de l’âge de Marek, explique son père Alexandre, c’est de définir un objectif pour l’année prochaine. Il n’est même pas sûr de recommencer le hockey. Ça se peut qu’il fasse juste des pratiques. Il se met quoi comme objectif? Il s’entraîne pour aller faire des pratiques? Pour quelqu’un qui est compétitif, c’est impensable.

Pourtant, précise Alexandre, son fils avait une motivation dans une classe à part avec des objectifs bien clairs. Mais l’incertitude en vue de la rentrée scolaire le déboussole.

« Ce que je trouve triste là-dedans, c’est que je le vois perdre sa motivation. C’est pas mon gars. C’est ce côté-là qui vient me chercher. Parfois, Marek tombe dans une phase où il est bien découragé. Il me dit : « Je me sens anxieux par rapport à l’année prochaine. Qu’est-ce qu’on va faire? »

Alexandre, père de Marek

Cette préoccupation des parents est tout à fait normale.

Les parents sont inquiets de voir leurs enfants inquiets, lance la psychopédagogue. Ils ne savent pas quelle place ils doivent prendre. Est-ce que je ne fais seulement que l’écouter? Est-ce que j’essaie de le conseiller? Surtout des parents qui, d’habitude, laissent beaucoup de place à l’entraîneur.

Élise Marsollier est psychopédagogue et chercheuse en psychologie du sport

Cette experte a écrit un blogue à ce sujet pour Sport’Aide, un service d’écoute et de conseil voué d’abord à la prévention de la violence, mais qui, avec la pandémie, a adapté son offre en ajoutant de l’aide psychologique pour les athlètes, les parents et les entraîneurs.

Et le besoin est bien réel. L’organisme a développé des outils et a adapté ses plateformes. Certaines semaines, ses plateformes ont connu des pointes de plus de 300 000 fréquentations, indique le directeur général de Sport’Aide, Sylvain Croteau.

Même constat pour le programme Plan de match, destiné à l’élite sportive canadienne. Le nombre d’interactions entre athlètes et conseillers et le nombre de consultations de leurs webinaires ont augmenté de 300 %. Pas tant pour le soutien psychologique que pour un service d’aide pédagogique pour l’après-carrière.

L’ado

Même si elle n’est pas généralisée, cette baisse de motivation des jeunes athlètes s’explique, surtout après trois mois de confinement.

On a perdu nos repères et on a perdu notre structure, précise Amélie Soulard, psychologue du sport à l’Institut national du sport du Québec. On a perdu la structure que nous donnait l’école, les entraînements et le contact avec nos amis. L’adolescent construit son identité en contact avec les autres. Il est donc un petit peu plus fragile. Les ados se cherchent beaucoup, puis c’est difficile de se mobiliser dans cette situation-là.

Voici donc quelques pistes pour les parents :

1 – Ouvrir la discussion

Votre jeune, ce n’est pas un adolescent-athlète, c’est un enfant. C’est un être humain. Comment il va, cet être humain là? Est-ce qu’il mange bien? Est-ce qu’il dort bien? Donc, ouvrir la discussion et les écouter. Qu’est-ce qui est dur en ce moment pour toi? Qu’est-ce qui est facile?

« Le parent veut aider. Il veut absolument sortir son enfant de ses émotions négatives. Puis, il joue au sauveur. Il ne s’agit pas de mettre de l’avant des stratégies, mais bien de mettre de l’avant de l’écoute, de la présence attentive, puis de laisser l’enfant verbaliser comment il se sent. »

Amélie Soulard, psychologue du sport

Donc, questionner, écouter et normaliser aussi la situation avec l’enfant, lui dire que ce qu’il ressent, c’est normal.

2 – La baguette magique

Amélie Soulard, de l’INSQ, préconise ce truc. Il s’agit de demander à l’enfant ce qu’il ferait s’il avait une baguette magique. Le laisser d’abord répondre par des activités ou des actions. Ensuite, lui demander : « Comment tu le ferais? Avec qui? » Après ses réponses, répliquer avec une question déterminante : « Pourquoi le ferais-tu? » On veut ainsi trouver les motivations profondes, les désirs du jeune.

Confinement oblige, plusieurs activités sont impossibles. Mais c’est possible de trouver d’autres façons de faire et d’autres moyens de répondre aux besoins de l’enfant. Et ce remue-méninges, on peut le faire en famille, suggère la psychologue.

Si je ne peux pas aller jouer au hockey, peut-être que je peux aller faire une randonnée en kayak avec des amis, suggère Amélie Soulard. C’est une façon d’ouvrir les horizons et de pas juste rester dans le marasme en disant : « Ah! Je ne peux pas faire ça. Il n’y a rien qu’on peut faire. Ah! Je suis tanné. »

3 – Objectifs à court terme

Pour pallier le manque de motivation, Élise Marsollier conseille aux jeunes athlètes de se fixer des objectifs une semaine à la fois.

Il s’agit d’évaluer son niveau de motivation et d’adapter ses intentions.

Le jeune peut se dire : « Cette semaine, je me sens démotivé. Je suis à 2 sur 5 de motivation. Qu’est-ce que je me sens capable de travailler, sachant que dans mon sport, il y a les aspects physiques, les aspects techniques, l’aspect psychologique et l’aspect stratégique? Peut-être que je pourrais juste entretenir mon cardio, la force de mes bras, la force de mes jambes. Je fais un exercice par jour par rapport à ça. La visualisation, je n’ai vraiment pas le goût de la faire. Cette semaine, je la mets de côté. Ou peut-être que j’essaie d’en faire un petit cinq minutes. Stratégie, je me prends une heure dans la semaine, je regarde des vidéos, j’appuie sur stop. J’essaie d’anticiper ce que je pourrais faire dans cette situation-là. Et puis, au niveau technique, ça peut être de travailler certains tirs dans ma cour. »

« Y aller vraiment avec de la qualité et peu de choses et s’assurer que l’adolescent note ce qu’il fait. Il va constater qu’à la fin de la semaine, il aura quand même bien travaillé. »

Élise Marsollier, psychopédagogue

4 – Faire équipe avec son ado

Amélie Soulard suggère de s’entraîner avec son jeune. Une belle occasion de retrouver ou de maintenir la forme et de répondre au besoin d’affiliation, précise-t-elle. Mais attention, il est important de respecter ses limites.

On n’est pas obligé de toujours être là pour désennuyer notre ado, explique la psychologue. Au contraire, l’ennui, c’est important. Il faut apprivoiser l’ennui et c’est dans l’ennui qu’on va redevenir créatif, qu’il y a des idées qui vont émerger.

5 – Donner l’exemple

Il est possible que les parents soient impatients, insatisfaits ou pessimistes face à la situation. Ça se comprend. Ce n’est toutefois pas l’attitude à adopter, selon Élise Marsollier.

Ça ne va pas aider les enfants à accepter la situation, dit la spécialiste. Ça va entretenir la frustration, la difficulté.

En fait, plus les parents vont réussir à se gérer eux-mêmes, à accepter la situation et à montrer l’exemple, mieux ce sera pour le jeune.

« On pourrait lui dire : « Écoute, mon grand, ma grande, on ne peut pas changer la décision du gouvernement. On ne peut que l’appliquer. En fait, on ne peut que l’accepter, tout comme tu devrais accepter que ta compétition est retardée d’une heure, tout comme tu dois accepter que ton adversaire en finale est beaucoup plus fort que toi. » On n’y peut rien. On doit jouer avec ça. On doit faire avec ça. Ce qu’on ne contrôle pas, on le laisse de côté. »

Élise Marsollier

6 – La bonne attitude

Souvent, tout réside dans la façon de voir les choses. Le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein?

Ceux qui vont bien s’en sortir, soutient Amélie Soulard, ce sont ceux qui sont capables de voir l’envers de la médaille. En ce moment, nos athlètes de haut niveau peuvent choisir d’être la victime de la situation et de se dire : « On m’a volé une année. » Ou ils peuvent choisir de se dire : « J’ai une année de plus pour m’entraîner, puis devenir meilleur. »

« C’est un choix. Soit on est victime de quelque chose, soit on est un explorateur en quête de trésors. C’est Paulo Coelho qui le disait dans L’Alchimiste. »

Amélie Soulard

7 – Laisser son ado être un ado

Élise Marsollier et Amélie Soulard ont observé l’excès d’enthousiasme des jeunes athlètes au début du confinement, puis leur essoufflement au fil des semaines. C’est une occasion, selon elles, d’explorer autre chose.

Même ceux qui étaient au sein d’équipes nationales juniors me disent : « OK. Là, moi, j’en peux plus. Je ne vois pas le bout », raconte Élise Marsollier. Donc souvent, avec ceux-là, c’est le côté humain des activités entre amis [qu’on peut explorer]. Peut-être avoir un petit job d’été, faire des choses plus de leur vie de tous les jours qu’ils n’auront pas le temps de faire quand ils vont reprendre l’entraînement ou les compétitions. Laissez-les être des adolescents. Ils seront d’autant plus motivés à reprendre leur sport et à faire des sacrifices s’ils ont profité de l’été.

8 – D’une dépendance à une autre

Soyez vigilants. Il y a des risques, lorsque l’on est privé de sports, que l’on se tourne vers autre chose. Et pas nécessairement de bonnes choses, selon le DG de Sport’Aide.

« Le sport est considéré, par moi et par plusieurs, comme une dépendance. Lorsqu’on est privé d’une dépendance, il y a de fortes chances qu’on choisisse d’autres dépendances. Quelqu’un nous a contactés parce qu’il était inquiet de voir que son enfant consacrait encore beaucoup plus de temps aux médias sociaux et à l’Internet. Il nous a même parlé de cyberdépendance. »

Sylvain Croteau, directeur général de Sport’Aide

9- Consultez

Tous les experts à qui nous avons parlé insistent : si ça ne va pas, parlez-en à quelqu’un, consultez.

La dernière chose à faire, c’est de penser qu’on est seul. Puis de penser qu’on n’en vaut pas la peine, puis qu’on va déranger quelqu’un, lance Sylvain Croteau. On est là pour ça, il faut le faire. Ce n’est pas gênant de demander de l’aide. C’est bien plus gênant de ne pas demander, puis d’avoir des problèmes encore plus importants après.

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